Falco Terror

Synopsis

Falco TerrorUne nouvelle menace pèse sur le monde : les oiseaux. Partout sur la planète les oiseaux s’attaquent à l’homme. À Acapulco, le corps d’un jeune homme est retrouvé atrocement déchiqueté par des coups de bec. Une jeune journaliste, chargée de faire un reportage sur ces étranges événements, accompagnée de son cameraman, rencontre un homme qui a été attaqué par ses propres poulets. Les témoignages se recoupent. C’est bien à cause de la pollution et de la destruction de leur environnement naturel que les oiseaux se révoltent contre les humains. En pleine ville, les oiseaux s’attaquent aux gens. Le phénomène empire, ce sont des vols entiers qui attaquent les villes, occupent les campagnes, tuant et détruisant sur leur passage…

Chronique

En un film, Les Oiseaux (The Birds, 1963), Alfred Hitchcock établit les bases du film catastrophe animalier, sous-genre dont la structure sera plus spécifiquement définie durant les années 70. Au-delà des prouesses techniques utilisées à l’époque, l’oeuvre impressionne par la (pré)vision apocalyptique de sa représentation de la révolte des oiseaux envers l’espèce humaine. Pourtant, malgré l’impact indéniable du film, requins mangeurs d’hommes, abeilles tueuses, serpents sournois et araignées belliqueuses s’accaparent rapidement le devant de la scène, reléguant les oiseaux menaçants à un simple souvenir. Pour la postérité, mentionnons tout de même la brève, mais inoubliable apparition des poules géantes et du coq agressif dans l’excellent Soudain… les monstres (Food of the Gods, 1976) de Bert I. Gordon.
Il est probable que bon nombre de scénaristes et réalisateurs aient un jour imaginé  donner une suite à l’oeuvre d’Hitchcock. Néanmoins, aucun ne passera à l’acte. Mettre en scène des centaines ou milliers d’oiseaux qui recouvrant des bâtiments et noircissant les cieux… et de faire interagir l’ensemble avec des éléments de décors et les acteurs de manière réaliste à de quoi faire cauchemarder même les plus aguerris.

Falco Terror

Dans les airs, personne ne vous entend crier.

Un véritable défi qui n’effraie pas René Cardona Jr. qui met donc en chantier El Ataque de los pájaros, qui fera une timide apparition dans quelques salles Françaises sous le titre Falco Terror1. Il signe ici l’une des quelques coproductions d’envergure internationale qui figurent dans son imposante filmographie, ce qui lui permet notamment de s’offrir les services de Christopher Atkins et Michelle Johnson pour les rôles principaux.2 À noter également la présence de l’acteur italien Gabriele Tinti que les amateurs de cinéma bis reconnaîtront à coup sûr.

Falco Terreur

La VHS éditée par Videoville Showtime (Canada)

Scénarisé par René Cardona Jr., Falco Terror n’est pas à proprement parler une suite directe et tardive à Les Oiseaux3. Et s’il est bien mentionné qu’une attaque similaire a eu lieu il y a quelques années, établissant ainsi un lien direct avec les événements qui se sont déroulés à Bodega Bay, Falco Terror est plutôt à considérer comme une relecture à la sauce exploitation du film d’Hitchcock. Cardona Jr. ne dissimule d’ailleurs pas ses intentions et multiplie les références à l’oeuvre plagiée, faisant preuve en ce sens d’un certain humour.

Là où le script de Les Oiseaux omet volontairement de justifier la cause de la révolte animale, Cardona Jr. adopte pour son récit une explication propre aux récits d’horreur écologique des années 70, attribuant le comportement agressif des oiseaux aux agissements néfastes de l’homme à l’encontre de la nature4. Le réalisateur agrémente le tout de nombreux plans sanguinolents et de quelques séquences de nudité plus caractéristiques au cinéma horrifique des années 80 et parvient donc à réunir en un métrage certains éléments relatifs à 3 décennies de cinéma.  

Falco Terror

Un justicier dans le poulailler!

Il résulte de ces influences multiples un film d’exploitation, certes maladroit et imparfait, flirtant régulièrement avec le risible, mais dont les excès omniprésents et les nombreuses touches d’humour permettent en partie d’occulter les prestations peu convaincantes des comédiens, la partition peu inspirée du prolifique compositeur Stelvio Cipriani, ou le script minimaliste. Malgré sa simplicité, ce dernier manque pourtant de cohésion et s’éparpille sur différentes pistes se focalisant chacune sur différents groupes de personnages, et dont certaines sont abandonnées en cours de route. Au message écologique, le récit mentionne deux éléments relatifs à certaines croyances. Alors que les premières minutes du film font écho à un mythe inca et d’une guerre entre les hommes et d’énormes oiseaux ayant aidé à transporter les plus grosses pierres des murs des citées, celui-ci se clôture sur quelques phrases tirées de la Prophétie de Joël, relatant la désolation qui suit l’invasion de sauterelles qui ravagea Juda.

Comme pour toute série B qui se respecte, les limitations budgétaires et tout ce qu’elles entraînent sont de rigueur. Cardona Jr. doit certes faire quelques concessions, mais pas question de revoir à la baisse ses ambitions. L’expérience au montage acquise lors de sa carrière lui permet de contourner en partie certaines contraintes. Quelques plans rapidement tournés en Italie, en Espagne à Puerto Rico ou au Pérou complètent la majorité des séquences se déroulant à Mexico, permettant ainsi au réalisateur de donner un peu d’ampleur à la catastrophe à peu de frais. De même, plutôt que d’être filmés, certains éléments du récit sont relayés par différents subterfuges, notamment des dialogues entre les différents personnages, notamment lors des interviews réalisées pour le reportage. 

Falco Terror

Terminé les graines, on veut de la viande (humaine)!

De la même manière, les gros plans sur les mutilations causées par les oiseaux lors d’attaques isolées sont privilégiés aux assauts massifs, bien que le réalisateur s’accorde quelques plans d’ensemble. Mais là encore, c’est sur le montage que s’affaire Cardona Jr., et aux images d’innombrables oiseaux, essentiellement des pigeons qui picorent des graines sur diverses places publiques, il intègre plusieurs plans durant lesquels il s’attarde plus que de raison sur quelques spécimens esseulés et leurs regards vides et froids afin de créer un climat angoissant.

Ponctuant un récit languissant, la gent ailée passe à l’attaque de manière récurrente avec un goût prononcé pour les énucléations! Et aux agressions ciblées envers quelques victimes qui sont picorées vivantes s’ajoutent quelques scènes plus impressionnantes où les volatiles s’en prennent à un avion, un train, un rassemblement d’enfants, etc. Les gens ne sont à l’abri nulle part, les oiseaux envahissent toutes les maisons avec une facilité déconcertante, brisant les fenêtres ou s’infiltrant par les systèmes d’aération et les cheminées. Deux pigeons essaient même d’ouvrir une porte, l’un poussant la poignée avec ses serres pendant que l’autre tire avec son bec! N’y parvenant pas, c’est ensuite à coups de bec qu’ils tentent de la réduire en miettes! Ces scènes s’enchaînent à un rythme effréné, tout juste entrecoupées de quelques passages destinés à maintenir l’histoire approximativement debout au travers du reportage mené par nos journalistes dépassés par les événements. Dommage cependant que l’impact des assauts soit amoindri par leur trop grande similarité et l’utilisation abusive de ralentis.

Côté bestiaire, malgré une surreprésentation de pigeons, la variété est assez étonnante puisque l’on y croise également poulets, dindes, canards, colombes, différents rapaces et même un canari particulièrement agressif!
En revanche, impossible de ne pas remarquer que les oiseaux semblent plus intéressés par la nourriture déposée ci et là par des techniciens afin de les garder en place que par les figurants et acteurs avec lesquels ils partagent l’écran5. À se demander quelle proportion du budget a été engloutie dans l’achat de pain et de graines pour nourrir les oiseaux puisqu’il ne restait plus de quoi s’offrir les services d’un spécialiste animalier pour superviser les bestioles et les trucages associés.

Falco Terror

C’est donc le fiston René Cardona III qui s’y colle, puisque déjà présent sur place en tant que réalisateur de deuxième équipe. Celui-ci ne semble guère plus soucieux que son père du bien-être animal, et si nous sommes loin ici d’atteindre la nausée causée par les massacres de requins filmés pour les besoins de Tintorera – du sang dans la mer, il est difficile d’imaginer que bon nombre d’oiseaux n’aient pas été maltraités ou tués durant le tournage. Ces derniers sont balancés à tout va par des techniciens hors champ, attachés aux acteurs à l’aide de fils invisibles et sans doute d’autres astuces qu’il vaut mieux ne pas connaître...

Néanmoins, pour peu que l’on se laisse entraîner dans le film malgré ces subterfuges plutôt grossiers, l’imagination fait le reste, sans doute alimentée par les souvenirs que l’on garde du film d’Hitchcock. Comme souvent dans les productions d’agressions ou d’invasions animales, le récit s’achève sur une fin ouverte renvoyant au sermon d’introduction. Cette révolte généralisée des oiseaux, orchestrée par la nature elle-même, n’était finalement qu’un avertissement envers l’homme… et d’autres espèces commencent déjà à venir grossir les rangs de l’armée animale, prête à frapper de nouveau…

S’il ne signe pas avec Falco Terror une des pierres angulaires de sa filmographie ni une production majeure du cinéma de genre mexicain, René Cardona Jr. parvient à mener à bien cette relecture inattendue de Les Oiseaux. Et c’est en véritable artisan du cinéma populaire qu’il nous livre un film maladroit, régulièrement invraisemblable et concocté par les moyens du bord, mais loin d’être indigeste et dont les excès sanglants et la violence graphique qui se substituent à la tension dramatique et apocalyptique du film d’Hitchcock raviront les amateurs de cinéma bis.

 


Naviguer dans le dossier René Cardona Jr.

<< Welcome to the JungleSea, Mex and Fun >>
  1. Si le film reste inédit en France concernant sa distribution hors des salles de cinéma, une version française de celui-ci est disponible sur VHS, distribué au Québec sous le titre Falco Terreur par l’éditeur Videoville Showtime.
  2. Révélé par Le lagon bleu (The Blue Lagoon, Randal Kleiser, 1980) où il partage l’affiche avec la belle Brooke Shields, Christopher Atkins ne connaîtra cependant pas une carrière inoubliable.

    On le retrouve d’ailleurs rapidement dans quelques productions horrifiques mineures dont Shakma (Roger Engle, 1990), dans laquelle il doit faire face à un babouin agressif bien décidé à lui peler la banane. Aperçue rapidement aux côtés de Tom Cruise et Nicole Kidman dans Horizons lointains (Far and Away, 1992) du sirupeux Ron Howard c’est surtout pour son rôle dénudé dans  La Faute à Rio (Blame It on Rio, Stanley Donen, 1984) que l’on se souvient de la belle Michelle Johnson. On la croise également dans le musée de cire du sympathique Waxwork (Anthony Hickox, 1988) où elle y rencontre le conte Dracula et ses sbires aux dents pointues.

  3. Notons tout de même qu’en Italie, El Ataque de los pájaros est distribué sous le titres Ucceli 2 (lit. Oiseaux 2). Une suite indirecte arrivera d’ailleurs quelques années plus tard sous le titre de Les Oiseaux II (The Birds II: Land’s End, Rick Rosenthal, 1994)
  4. En effet, durant les années 80, les productions d’agressions animales se font plus rares et leurs scénarios évoluent généralement vers des thématiques plus contemporaines, notamment aux effets souvent improbables liés aux manipulations génétiques.
    En introduisant son récit par un sermon sur l’équilibre naturel agrémenté de nombreuses images d’archives dénonçant les impacts néfastes de l’homme sur la nature, René Cardona Jr. revient aux fondamentaux du genres tels qu’établis durant les années 70, de la même manière que son comparse espagnol Juan Piquer Simón avec Mutations (Slugs, muerte viscosa, 1988).
  5. Une situation qui n’est pas sans rappeler certaines séquences du tout aussi artisanal Les Rats de Manhattan (Rats, notte di terrore, 1985) de Bruno Mattei et ses célèbres rats tueurs!

Laisser un commentaire