La Tuile à loups

La Tuile à loupsSynopsis

Hiver 1910 : la « tuile à loups » résonne, la tempête terrible qui s’abat va faire descendre les loups, poussés par la famine. Le village attend l’invasion, prévenu par Ravenelle, le rebouteux. Le préfet, averti, ne croit pas au danger annoncé et dépêche un enquêteur sur les lieux. Le village se divise entre le rebouteux, qui s’appuie sur les vieilles traditions pour défendre les hommes contre les bêtes, et le jeune fonctionnaire, fort de ses connaissances « rationnelles » apprises sur les bancs de l’école.


Chronique

Téléfilm français injustement méconnu, La Tuile à loups a été réalisé en 1972 par Jacques Ertaud. Véritable aventurier, sportif émérite, explorateur et reporter, l’homme a appris le métier de cinéaste sur le tas, aux côtés de Marcel Ichac, un spécialiste du documentaire aux parcours personnel et professionnel aussi étoffés que celui de son comparse. Si Jacques Ertaud a œuvré aussi bien pour le cinéma que pour la télévision, c’est sur le petit écran qu’il va vraiment s’illustrer. À l’origine de bon nombre de documentaires, de reportages, d’épisodes de séries télévisées et de téléfilms comme la récente adaptation du roman Premier de Cordée de Roger Frison-Roche, il signe avec La Tuile à loups une fiction admirable.

La Tuile à loupsLa Tuile à loups est l’adaptation du roman éponyme de Jean-Marc Soyez, qui nous plonge dans la campagne française, au beau milieu d’un coin reculé du Massif Central. Nous nous retrouvons donc aux côtés de villageois, qui vont vivre un hiver des plus rigoureux. Le vent du Grand Nord souffle très fort, provoquant de terribles tempêtes de neige, isolant encore plus les habitants du reste du monde… le temps semble figé pour les habitants, prisonniers des éléments, et ces circonstances assez exceptionnelles vont pousser les loups, touchés par la famine, à quitter les hauteurs pour rejoindre la plaine…
Après avoir entendu ronfler la tuile à loups, Ravenel, un des villageois, prévoit l’arrivée prochaine des loups. Les loups ayant été éradiqués du paysage français quelques années auparavant (si l’on se base sur les dates énoncées dans le film, qui diffèrent un peu de celles du roman), personne ne veut le croire. Des rumeurs courent sur la présence de quelques spécimens ci et là, mais ces derniers gardent leurs distances avec l’homme, une crainte tout à fait justifiée.
Superstitions et rumeurs vont aller bon train, et cette peur des loups fait ressurgir les vieux démons du Moyen Âge, allant même jusqu’à certaines allusions à la sorcellerie, qui ne sont pas sans rappeler les terribles chasses aux sorcières d’alors.

La Tuile à loups
L’arrivée d’un loup sème la panique dans le village. Les hommes s’arment et partent à sa recherche, tirant à vue comme des forcenés, avant finalement de s’apercevoir qu’il ne s’agissait que du Berger allemand de l’un des villageois. Mais certains sont catégoriques, le loup est là ! Les rumeurs engendrent la peur, une crainte que le maire va tenter d’apaiser en mettant un terme à la propagation de ces fausses nouvelles, menaçant d’emprisonner les réfractaires à sa décision arbitraire. Cependant, une première rencontre avec un loup va tout remettre en question, ce dernier attaque le chien de l’un des habitants, avant d’être abattu par son maître, Tirette. Tirette devient un moment la star du village, jusqu’au jour où il échappe de peu à la mort, sauvagement saisi par un loup affamé.
La Tuile à loupsAlors que certains préfèrent se barricader, d’autres veulent organiser des battues et n’hésitent pas à braver le danger. Puis vient la nuit, où les loups se rendent en meute dans le village à la recherche de nourriture. Ils fouillent les granges, grattent aux portes, et semblent se jouer des pièges mis en place par les villageois. Ces derniers, cloitrés chez eux, ne peuvent qu’écouter les hurlements terrifiants qui déchirent la nuit. Par la suite, un étrange loup noir viendra même observer les habitants lors des funérailles d’une vieille dame, qui a succombé aux blessures laissées par les morsures d’un des individus de la meute. Finalement, après une nuit de festin et l’arrivée d’un temps plus clément, le loup noir et ses congénères décident de repartir vers les hauteurs…

La Tuile à loupsAu travers d’un récit relativement classique, traité par Jacques Ertaud selon un rythme plutôt calme, le réalisateur parvient à créer une ambiance des plus sombres. Le sentiment d’isolement, le froid, les vieilles superstitions qui refont surface, les hurlements des loups à la nuit tombée, les expéditions sauvages en quête de nourriture, l’univers dépeint dans La Tuile à loups ne ressemble pas vraiment à une balade champêtre au fin fond de la France. D’ailleurs, le film tendrait presque vers le fantastique durant sa première partie, qui n’est pas sans rappeler la célèbre histoire de la Bête du Gévaudan. Mais la réalité reprend vite le pas sur le reste, notamment grâce à des personnages qui semblent bien réels. Les comédiens sont excellents dans leurs rôles respectifs, et donnent vie à des personnes aux caractères crédibles et bien définis. On retrouve ici Gérad Darrieu, aperçu entre autres dans La Traque, Le Professionnel, L’Affaire Dominici ou encore Mais ne nous délivrez pas du mal, Paul Le Person, le Ganimard de la série Le Retour d’Arsène Lupin, vu plus récemment dans Le Créateur d‘Albert Dupontel, Martin Trévières dans le rôle du curé, Myriam Boyer et d’autres qui desservent à merveille le film.
La Tuile à loupsL’impression de passer un hiver rude en compagnie de « vrais » habitants est renforcée par l’aspect documentaire qui se dégage par moments du film. Ertaud sait comment captiver le spectateur et soigne autant sa mise en scène que le montage, qui s’avère au final des plus efficaces. Nous sommes réellement plongés dans la vie de ce petit village en proie à une peur ancestrale. À l’image de l’ensemble du film, certaines séquences sont assez dures, comme le massacre d’un loup à coups de bêche ou quelques coups de fusil bien sanglants. Les rares attaques envers les hommes sont assez sauvages et réalistes, même si l’on remarque un peu les costumes rembourrés des cascadeurs. Les loups et les chiens ont été dressés par André Noël, qui a par exemple travaillé sur l’excellent film Les Chiens réalisé par Alain Jessua, ainsi que sur de nombreuses productions françaises.

La Tuile à loups s’avère être une production superbe, qui semble un moment fleureter avec l’irréel avant de complètement nous immerger dans une histoire terrifiante au réalisme saisissant. Un voyage durant lequel on se rend bien compte que les loups affamés ne sont peut-être pas le plus à craindre ici… et c’est avec soulagement que l’on assiste au retour des beaux jours, qui ramènent le calme parmi les habitants tourmentés par leurs nombreuses craintes, qui vont au-delà de la simple présence de loups dans les environs.

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