Terreur dans le ciel Part. I : B(ee) Movies

 Si les abeilles venaient à disparaître, l’humanité n’aurait plus que quatre années devant elle.

Terreur dans le ciel Part. I : B(ee) MoviesFaussement attribuée à Albert Enstein, cette citation alarmiste n’est guère d’actualité pour des scénaristes qui envisagent plutôt la fin de l’humanité à la suite d’une invasion animale. Des abeilles agressives, véritables tueuses d’hommes dont le symbolisme positif fait ici place à des métaphores pas toujours très fines quant à la place de l’homme au sein des équilibres naturels et civilisationnels.
Entre les mains d’écrivains et de scénaristes de récits fantastiques et horrifiques, l’abeille se révèle donc être d’une dangerosité hors norme et bien malgré elle, l’espèce voit son image se dégrader alors que l’actualité se fait de plus en plus insistante au sujet de l’agressivité et du caractère invasif incontrôlable des abeilles tueuses. Créée pour sa plus grande productivité, cette espèce hybride issue du croisement d’une souche européenne et d’une souche africaine, devient une inquiétude nationale en Amérique du Nord. L’invasion demeure encore très marginale au début des années 70 et ne concerne alors que l’Amérique du Sud. Pourtant, la crainte provoquée par l’arrivée imminente de ces insectes meurtriers provoque un impact certain chez les apiculteurs et scientifiques, avant que le public ne découvre tout cela au travers d’articles de presse alarmistes et d’une série de quelques films qui rencontreront un succès mitigé.

De la même manière que l’a fait Les Dents de la mer au sujet du grand requin blanc, et parallèlement au rôle des médias, ces productions, pourtant mineures, parviendront à influencer durablement le grand public. En effet, la représentation erronée faite de l’abeille tueuse est toujours d’actualité et l’invasion promise à l’époque aura bien lieu, mais bien plus tardivement et d’une manière bien plus modérée que les prévisions apocalyptiques ne le laissaient croire.

L'Île mystérieuse

Une rencontre inattendue!

Cela dit, avant que les abeilles tueuses ne s’accaparent le devant de la scène, quelques productions fantastiques, horrifiques ou assimilées se sont intéressées aux aptitudes meurtrières de l’espèce. En effet, comment oublier l’apparition de l’abeille gigantesque dans L’Île mystérieuse (Mysterious Island, 1961), adaptation très libre des écrits de Jules Verne par Cy Endfield. Un film d’aventures des plus divertissants qui intègre dans son récit quelques animaux géants, superbement animés par Ray Harryhausen, n’apparaissant pas dans l’ouvrage dont il est tiré. Au célèbre crabe et à l’étrange poulet s’ajoute donc l’abeille impressionnante qu’affrontent deux explorateurs téméraires, interprétés par Michael Callan et Beth Rogan, après qu’ils aient découvert une ruche géante dissimulée dans une grotte.

Le Monde perduBeaucoup moins mémorables, de nombreuses abeilles géantes pointent leurs dards dans le quatrième épisode, Les Abeilles géantes (Nectar), de la première saison de la série télévisée Le Monde perdu (The Lost World ou Sir Arthur Conan Doyle’s The Lost World), inspirée du roman éponyme d’Arthur Conan Doyle.  Alors que les explorateurs  sont en quête de nourriture, une abeille géante attrape le Professeur Arthur Summerlee par les bretelles (si si! Voir la capture ci-contre!) et lui injecte un venin mortel. Ses amis rencontreront alors une guérisseuse qui leur indique que seul le nectar issue d’un gigantesque nid située non loin de là pourra aider le malheureux… Bien que l’exploration de la ruche et l’apparition de la reine titanesque soient assez réussies, les trucages numériques lors des différentes attaques des abeilles ne font guère illusion.

LE DARD MORTEL

The Deadly Bees – 1967 – Freddie Francis

Le Dard mortelProduction britannique réalisée en 1966 pour le compte de la société Amicus, œuvrant alors dans l’ombre des succès de la Hammer, Le Dard mortel est l’adaptation du roman A Taste for Honey de Gerald Heard, dont le récit est influencé par les enquêtes du célèbre Sherlock Holmes. Écrits qui avaient déjà fait l’objet d’une transcription pour la série télévisée The Elgin Hour avec l’épisode The Sting of Death, mettant en scène Boris Karloff aux côtés de Robert Flemyng. C’est Robert Bloch, auteur du roman Psychose et scénariste en autres de The Cat Creature, qui se charge d’adapter ici le livre alors que la réalisation échoue à Freddie Francis, un nom que les amateurs de séries B connaissent au travers de titres comme, La Révolte des TriffidesLa Légende du loup-garou, Le Jardin des tortures ou Trog. L’homme s’entoure ici de Suzanna Leigh (Le Peuple des abîmes, Le Fils de Dracula), Frank Finlay (Magie noire, Lifeforce, Les Vierges damnées) ou encore de Catherine Finn (La Chair du diable.)

Durant les années 60, si les monstres géants, héritiers de la décennie précédente, sont encore privilégiés comme peuvent l’attester Konga, Gorgo ou de nombreux Kaijus, des animaux tueurs de tailles plus modestes commencent cependant à apparaître dans les scénarios alors que le terrifiant Les Oiseaux, réalisé par Alfred Hitchcock, hante encore les spectateurs.

The Deadly Bees

Un maquillage impressionnant pour des piqûres douloureuses.

Après un malaise, la chanteuse pop Vicki Robbins débarque sur Seagull Island dans la ferme d’un apiculteur, Ralph Hargrove, et de sa femme Mary. De nombreuses victimes, animales et humaines, sont à déplorer. Toutes les morts semblent avoir la même origine, ce qui intrigue Vicki, épaulée par un voisin sympathique et mystérieux…
Bâti sur une ambiance qui privilégie le mystère aux séquences-chocs, le film souffre cependant de quelques clichés agaçants, d’une mise en scène sans relief et de trucages assez perfectibles. Loin d’êtres crédibles, ces derniers consistent en des surimpressions assez grossières d’images de véritables abeilles ou parfois plus simplement grains de café plongés dans une eau agitée! À noter également, l’utilisation de fausses butineuses en plastique collées à même les acteurs. Un mélange assez maladroit, qui fait perdre beaucoup d’intensité aux attaques mortelles des mouches à miel. Les rares maquillages sont heureusement nettement plus convaincants.

Si Le Dard mortel s’avère dans l’ensemble plutôt médiocre, cette série B possède tout de même un certain charme et aborde quelques-unes des thématiques qui seront par la suite utilisées dans de nombreuses productions d’agressions animales. Le film de Freddie Francis se rapproche finalement plus d’une production comme Les Fauves meurtriers que d’une relecture maladroite de Les Oiseaux greffée sur une enquête policière. Pour ce dernier point, il est d’ailleurs dommage que le récit ne réserve aucune surprise et que l’on devine rapidement qui se cache derrière ces meurtres atroces…

The Deadly BeesQuoi qu’il en soit, les bases étaient posées, et les abeilles tueuses allaient perdurer pour encore de nombreuses décennies dans des productions d’agressions animales de moins en moins convaincantes, les vrais insectes utilisés alors laissant peu à peu leur place à des effets numériques souvent médiocres.

Naviguer dans le dossier Terreur dans le ciel

Genocide – War of the Insects >>

Laisser un commentaire