Post-Cabocalypse

Au milieu des innombrables films catastrophes et d’horreur écologique, les années 70 ont également vu émerger un certain nombre de productions post-apocalyptiques ou d’anticipation. Un genre cinématographique qui prendra une ampleur dès la décennie suivante alors que l’on assiste au déclin du film catastrophe.
Il n’est donc pas étonnant de retrouver des titres qui se situent à la croisée de ces différents genres, où il est question de survivants arpentant terres et ruines dévastées sur lesquelles la nature a repris le dessus. Alors que la barbarie humaine à reprit le dessus, dans un monde en proie à une violence primitive, quelques personnes tentent de rebâtir une nouvelle société, et espèrent ainsi voir renaître une civilisation qui essaiera de ne pas répéter les erreurs du passé, celles-ci étant à l’origine de l’autodestruction de l’humanité. Parallèlement à cela, certains animaux domestiques laissés à leur propre sort retournent à l’état sauvage.

Mad Max 2 : le défi

Max Rockatansky (Mel Gibson) et Dog

Il existe quelques exceptions, tel le surnommé Dog, Bouvier australien qui partage le quotidien de Max Rockatansky (Mel Gibson) dans Mad Max 2 : le défi (Mad Max 2: The Road Warrior, 1981). Pauvre toutou qui finira transpercé par un carreau d’arbalète… Après avoir considéré une centaine de chiens et déçue par les prestations de ces derniers, l’équipe renonce un temps à cette idée de compagnon à quatre pattes. C’est par hasard que George Miller rencontre le chien idéal chez l’un de ses amis. Sur le tournage, l’animal se montre cependant réticent à tout ordre. C’est après avoir obstrué les oreilles de celui-ci afin de couvrir les bruits de moteurs que tout se met en place. Destin tout aussi tragique pour la vedette canine dans la récente adaptation du roman Je suis une légende de Richard Matheson qui met en scène Will Smith dans le rôle do Docteur Robert Neville un monde dévasté par un virus. Si sa chienne Samantha participe activement à la survie du duo dans un environnement infesté de hordes de zombies-vampires, celle-ci devient malheureusement contaminée à son tour… Neville n’a d’autre choix que de la tuer de ses propres mains… Entraîné en seulement trois semaines par Steve Berens, le Berger allemand Abbey se montre sur le tournage d’une exemplarité rare. L’anecdote veut que très attaché à la chienne, Will Smith ait demandé à Steve Berens de fixer un prix en échange de l’animal, mais celui-ci a refusé de s’en séparer.

Je suis une légende

Le Docteur Robert Neville (Will Smith) et Samantha (Abbey)

Tout n’est pas si rose cependant, puisque des chiens infectés sont aussi de la partie, mais il sera question de ces deniers dans un futur article dédié aux chiens morts-vivants.

Apocalypse 2024

Vic (Don Johnson) et Blood (Tiger)

Un autre chien, au comportement plus ambigu cette fois-ci, partage l’existence de son maître. Tous deux errent dans le désert de boue séchée recouvrant le globe à la suite d’un ultime affrontement mondial. Adapté du roman A Boy and his Dog de Harlan Ellison puis distribué en France sous le titre d’Apocalypse 2024, c’est l’acteur L.Q. Jones qui se lance dans la réalisation de ce film post-apocalyptique au récit atypique. Si la trame d’un monde ravagé par la puissance atomique et les errances des survivants au cataclysme demeure plutôt classique et parfois naïve, le récit réussit pourtant à maintenir l’intérêt du spectateur, notamment au travers de situations et de dialogues qui manient avec brio humour et cynisme. Une des grandes forces du film est de ne pas laisser transparaître à l’écran son budget réduit, et apparaît alors beaucoup moins cheap que ses homologues du bis italien qui allaient pulluler quelques années plus tard.

Un divertissement agréable, sujet à quelques longueurs, mais qui mérite que l’on y jette un œil, et qui permet également de découvrir le jeune Don Johnson avant que son rôle du détective James Crockett ne prennent définitivement le pas sur sa carrière. Il partage ici l’affiche avec un chien appelé Blood (qui devient Prof dans le doublage français) et doté d’aptitudes télépathiques. C’est au travers de ses sages raisonnements que l’animal joue le rôle de guide initiatique pour Vic, un homme qui se laisse guider par ses instincts (le sexe et la faim !) dans un monde tiraillé entre une vie libre et primitive à la surface, alors que sous terre, d’autres survivants tentent de reconstruire et un semblant de société.
Blood est interprété par Tiger, un bâtard croisé Bearded Collie et un Westie, sous les ordres de son maître Lou Schumacher dont les performances sont visibles dans quelques épisodes de la série télévisée Lassie, ainsi que dans Les Rongeurs de l’apocalypse, Le Gang des dobermans ou Zoltan, le chien sanglant de Dracula. L’œuvre de Harlan Ellison avait déjà été adaptée en 1946 au travers d’un court-métrage réalisé par LeRoy Prinz, dans lequel le chien était alors interprété par un Bluetick coonhound.

Nettement moins réussie, la production espagnole Animales Racionales (1986) de Eligio Errero met en scène un chien, un Berger allemand, au comportement plus que troublant… Ravagée par un enchaînement d’explosions nucléaires la surface de la Terre est réduite à néant. Trois survivants, deux hommes et une femme se réveillent sur une plage. Le comportement de ces derniers, retournés à une condition primitive, s’inspire rapidement de celui du règne animal. À tour de rôle, les mâles s’octroient donc la place de dominant de leur petite meute afin de satisfaire les envies de la belle. L’arrivée d’un chien chamboule cependant l’ordre établi. S’il leur permet de trouver un lieu où subsister, riche en ressources nécessaires à la survie, l’animal prend aussi le rôle de mâle alpha et partage désormais la couche de la demoiselle…

Animales Racionales

Le chien peu avenant d’Animales Racionales

Mais plus généralement, dans les productions post-apocalyptique, les espèces animales rencontrées n’ont désormais plus aucun lien avec une quelconque domestication… Après avoir goûté à la chair humaine en dévorant les cadavres qui jonchaient les rues à la suite d’une catastrophe, il vient un moment ou l’instinct de meute reprend le dessus et que les chiens errants se mettent en chasse…

La Revanche des animaux

L’un des Bergers allemands de Day of the Animals durant l’assaut du cabanon

Tout juste sorti du tournage de Grizzly, le monstre de la forêt (Grizzly, 1976), déclinaison sur la terre ferme de Les Dents de la mer (Jaws, 1975), William Girdler se retrouve aux commandes d’une production ambitieuse intitulée La Revanche des animaux (Day of the Animals, 1977). Les pollutions engendrées par l’homme partout sur la planète sont à l’origine d’une dégradation de la couche d’ozone qui au-delà de la menace écologique majeure pour l’avenir de l’humanité, agit sur le comportement de toutes les espèces animales en les rendant très agressives. Au fil de leurs aventures au milieu d’une nature déchaînée, un groupe de randonneurs se retrouvent face à une meute de Bergers allemands. À la manière du siège de La Nuit des morts-vivants, c’est pris au piège dans un cabanon en bois que les survivants tentent de contenir les assaillants toujours plus féroces. Les chiens parviennent finalement à rentrer… et à massacrer deux personnes. Une séquence impressionnante pour un film qui malgré quelques faiblesses, est sans doute l’un des meilleurs représentants de la révolution animale à l’écran.

Les Derniers survivants

Peter Graves protège sa famille d’un chien sauvage

Très loin de pouvoir rivaliser avec les gros films catastrophes de l’époque, le réalisateur John Llewellyn Moxey (Hôpital sous surveillance, Panique à Echo Park) parvient pourtant à masquer les limites budgétaires de son téléfilm Les Derniers survivants (Where Have All the People Gone, 1974) grâce à une ambiance de fin du monde relativement crédible. Les lieux visités sont déserts, le récit nous fera croiser très peu de figurants puisque la quasi-totalité de la population a disparu, et les trucages sont réduits à leur strict minimum, pour ne pas dire suggérés. Nous suivons donc la famille Anders, dont le père (Peter Graves), le fils (George O’Hanlon Jr.) et la fille (Kathleen Quinlan) sont partis camper à la montagne, et qui par chance se trouve à l’abri dans une grotte lorsque surviennent des éruptions solaires propageant de mortelles radiations. Toutes les personnes exposées sont prises de fortes fièvres, avant de totalement disparaître, réduites en une poudre blanche, une idée que l’on retrouvera une dizaine d’années plus tard dans le film La Nuit de la comète (Night of the Comet, 1984). Steven Anders décide alors de rejoindre la ville la plus proche, en espérant retrouver sa femme si cette dernière est toujours en vie. Un voyage dans un monde qui n’est plus que désolation, dans lequel le temps semble s’être figé. Un récit plutôt routinier qui leur fait croiser la route de quelques survivants plus ou moins bien intentionnés, ainsi que d’animaux agressifs, comme des chiens, solitaires ou en meutes, voire même un chat !

Parmi les oeuvres post-apocalyptiques de John Christopher, plusieurs connaissent des adaptations pour le cinéma ou la télévision, la plus connue demeurant l’excellent film Terre brûlée (No Blade of Grass), réalisée par Cornel Wilde en 1970. C’est la télévision allemande qui s’intéresse au roman Empty Worlden produisant le téléfilm Leere Welt (1987). Il est ici question d’une épidémie majeure, la maladie de Calcutta, qui se propage partout dans le monde, annonciatrice de la fin de l’humanité. Le jeune Tom vit avec ses grands-parents jusqu’à la mort de ces derniers. Il erre alors dans une ville désolée avant de retrouver Helen et Nikki, des amies de classe qui ont trouvé refuge dans l’entrepôt d’un grand magasin, se nourrissant d’une abondante réserve de conserves. Sortie un moment, Nikki est prise en chasse par une demi-douzaine de chiens errants, de toutes races et tailles, et se réfugie dans une trappe. Tom utilise un extincteur pour faire fuir un temps les carnassiers agressifs, avant que ces derniers ne reprennent leur chasse à l’homme… et que Tom les apaise en quelques secondes avant qu’ils ne redeviennent de gentils toutous !

Survivors

Lucy Fleming, Carolyn Seymour, Ian McCulloch, Tanya Ronder, Stephen Dudley et le chien Ben !

Produite par la BBC et conçue par Terry Nation, la série télévisée Survivors (1975-1977) s’étale sur 38 épisodes qui narrent les déboires et aventures d’un groupe de survivants d’une épidémie biologique mortelle ayant annihilé la presque totalité de la population mondiale. Après avoir fui les ruines de la civilisation urbaine, ces derniers établissent des colonies agricoles afin d’assurer leur avenir et d’établir un nouvel ordre social. Bien que les principaux personnages possèdent un chien domestique, Ben, ils sont régulièrement confrontés à des meutes de chiens errants qui pullulent dans un monde désormais livré à lui-même… Dans l’épisode Starvation (saison 1, épisode 7), une vieille dame est attaquée par une demi-douzaine de chiens, à l’air peu féroce il faut bien l’avouer, avant que ces derniers ne soient bernés par un lapin tiré au bout d’une corde (voir l’extrait vidéo). Il faudra ensuite patienter jusqu’à la troisième saison pour à nouveau croiser ces animaux domestiques redevenus sauvages dans Law of the Jungle (saison 3, épisode 3) lors de quelques plans rapides (voir l’extrait vidéo), alors que Mad Dog (saison 3, épisode 4) consacre entièrement sa thématique à ce retour à un comportement primitif également transposé à la race humaine (voir l’extrait vidéo). Charles sauve ici un homme d’un assaut féroce et s’aperçoit par la suite que ce dernier est porteur de la rage… Les séquences qui mettent en scène les chiens dans cette dernière saison sont bien plus convaincantes à l’écran que les débuts de la série où les animaux semblaient seulement vouloir jouer.

Laisser un commentaire