Les Rats de Manhattan

Synopsis

Les Rats de Manhattan225 ans se sont écoulés depuis que la guerre atomique a détruit le monde. Ce qui reste de l’humanité est partagé en deux communautés : les Nouveaux humains qui vivent sous terre et les primitifs, qui vivent sur ce qui reste de la surface terrestre.
Un groupe de ces derniers, qui sont toujours à la recherche de nourriture pour survivre, arrive dans une ville abandonnée. Ils y découvrent avec étonnement de grandes quantités de vivres et les signes d’une technologie avancée ; mais la cité est disséminée de cadavres horriblement déchiquetés par de gros rats d’égout, qui pullulent. Les nouveaux venus décident de s’installer sur les lieux, mais ils sont attaqués par les rats, qui se révèlent comme des ennemis mortels.


Chronique

Les Rats de ManhattanDurant les années 80, alors que les bestioles agressives regagnent progressivement leurs tanières, le cinéma fantastique et horrifique voit émerger deux thèmes majeurs. Celui des slashers avec ses tueurs masqués, armés et dangereux, et les productions dites post-apocalyptiques qui prolifèrent suite au succès de Mad Max (George Miller, 1979), mais surtout de sa suite Mad Max 2 (George Miller, 1981).
Ce sont ces dernières qui nous intéressent plus particulièrement ici, et comme à l’accoutumée, les réalisateurs transalpins inondent rapidement le marché de productions à budget restreint et dont les scénarios, à quelques variables près, sont tous calqués sur le même modèle1.
Une véritable aubaine pour les plus petits studios, puisque ces productions nécessitent un investissement financier mineur. Là où ces structures ne pouvaient rivaliser avec les majors et leurs innombrables films catastrophes tous plus spectaculaires les uns que les autres de la précédente décennie, ici les récits prennent place après les cataclysmes, généralement des désastres nucléaires qu’il est aisé d’intégrer à l’aide de quelques images d’archives si l’on a rien d’autre sous la main. D’une durée excédant rarement les quelques semaines, les tournages s’enchaînent alors dans des carrières, décors naturels arides ou quelques ruines, autour d’un nombre restreint d’acteurs et figurants dont les costumes comme les bolides sont customisés avec les moyens du bord.

Les Mutants de la 2e humanité

Mon Dieu, mais c’est horrible!

C’est sous l’un de ses innombrables pseudonymes, ici celui de Vincent Dawn, que l’une des personnalités du cinéma Bis italien les plus malaimées et conspuées par la critique, Bruno Mattei2, signe Les Rats de Manhattan. Après le sympathique et farfelu Virus Cannibale, le réalisateur livre une nouvelle curiosité horrifique aux amateurs de cinéma bis, un projet ambitieux, coproduit par l’Italie et la France, que le réalisateur considère comme le film dont il est le plus fière3. Et malgré un échec critique comme commercial lors de sa sortie en salles, Les Rats de Manhattan acquiert au fil des ans une certaine aura, notamment grâce à sa distribution à l’international par le biais de nombreuses éditions en VHS et de projections dans différents festivals aux programmations plus ou moins déjantées. Mattei collabore une nouvelle fois avec son ami Claudio Fragasso, et s’entoure d’une distribution qui au-delà de quelques inconnus, devrait ravir les amateurs de productions bis italiennes.

Les Rats de ManhattanRappelant étrangement le récit de L’Empire des rats, troisième tome de la saga des rats de James Herbert publié cette même année 1984, Les Rats de Manhattan réunit donc 2 tendances, celle de l’invasion animale et celle de la survie dans un environnement post-nucléaire.
Alors que l’homme tente de survivre et d’éventuellement poser les bases d’une nouvelle civilisation, deux factions font leur apparition. Ceux que l’on nomme les Nouveaux humains vivent terrés sous terre, loin des dangers et de la brutalité qui s’exercent en surface. Celle-ci est en effet écumée par des groupes violents, composés de ceux que l’on appelle les Primitifs, qui recherchent inexorablement eau et nourriture. Les rats, eux, ont continué à prospérer, s’appropriant ainsi les ruines d’un monde dévasté. Hommes et rats se rencontrent inévitablement, chacun cherchant à régner sur ce nouveau monde. L’avantage semble donné aux rats, puisque leur exposition aux radiations qui balaient la surface aura été ici bénéfique, permettant ainsi une inquiétante évolution de l’espèce…

Si sur le papier Les Rats de Manhattan paraît se situer quelque part entre Le Gladiateur du futur (Joe d’Amato, 1983) et Les Survivants de la fin du monde (Jack Smight, 1977), la réalité est toute autre et Bruno Mattei s’éloigne d’une partie des poncifs de ce type de productions pour nous plonger dans un univers cauchemardesque. En y regardant de plus près, il est aisé de se représenter Les Rats de Manhattan comme un mix ambitieux et improbable s’inspirant de nombreuses références parmi lesquelles Les Oiseaux, La Planète des Singes, Mad Max 2, New York 1997, ou même Alien – le 8e passager! Au-delà de toutes ces références plus ou moins appuyées, ici, la construction du récit et les situations mises en scène s’apparentent plutôt à celles de La Nuit des morts-vivants (1968). Outre le côté délirant, voir absurde, de l’ensemble et malgré quelques incohérences, si Les Rats de Manhattan ne tient pas la comparaison avec l’oeuvre de George A. Romero, Bruno Mattei parvient tout de même à teinter sa narration d’un pessimisme constant lorsqu’il s’agit d’appréhender le devenir de l’espèce humaine.

Les Mutants de la 2e humanité

En effet, au travers de son final4, Bruno Mattei semble prendre modèle sur celui de La Planète des singes (Franklin Schaffner, 1968). Et s’il parvient à reproduire le caractère percutant de celui-ci, les raisons avancées sont toutes autres. Difficile dès lors de se remémorer le film sans avoir en tête l’image de ces combinaisons jaune poussin surmontées d’un masque à peine digne d’une attraction de fête foraine. Une révélation qui n’en est d’ailleurs pas vraiment une puisque faisant partie intégrante de la communication bâtit autour du film et de ses Nouveaux humains. D’ailleurs, Les Mutants de la 2e humanité, titre alternatif sous lequel a également été exploité le film, est beaucoup plus explicite et permet d’anticiper la surprise, tout comme pour les spectateurs ayant dévoré les écrits de James Herbert.

Les Rats de Manhattan

Bon appétit!

Malgré les contraintes tant financières que logistiques, Bruno Mattei sait s’adapter et parvient à instaurer une ambiance angoissante à son film lorsque nécessaire, utilisant à bon escient son unique décors5. Le réalisateur multiplie également les scènes horrifiques. Une abondance qui permet de se focaliser sur autre chose que des trucages pas toujours à la hauteur. Cela dit, ces quelques aspects positifs sont rapidement occultés au profit des ratés qui constituent le véritable attrait de cette production.
Au-delà de l’aspect kitsch des costumes et accessoires ou de la caractérisation très sommaire des personnages, constatation que l’on peut élargir à nombre de productions post-apocalyptiques, le film regorge de situations grotesques, accentuées par les dialogues souvent délirants et des acteurs pour lesquels l’interprétation catastrophique se résume à deux types d’expressions : l’impassibilité et l’hystérie, que l’on peut ici qualifier de collective!
Les péripéties des notre gang de Primitifs, les interactions parfois violentes entre ces derniers ou les confrontations avec les rats mutants s’enchaînent dans des séquences ou l’horreur cède régulièrement sa place à l’hilarité.

Les Mutants de la 2e humanitéQuand on voit ce dont est capable le seul rat dans aperçu dans Virus Cannibale, bestiole qui après être revenue d’entre les morts, se glisse sous la combinaison de protection d’un scientifique et le déchiquette en quelques secondes, tous les espoirs sont permis ici alors qu’est mise en scène une véritable armée de rongeurs. Et Bruno Mattei ne nous déçoit pas, ne lésinant pas sur les idées les plus folles.
Plutôt discrets dans un premier temps, les rats, qui à l’instar des zombies de Romero ou de Fulci se nourrissent des entrailles des morts, passent rapidement à l’offensive. Isolé, un premier spécimen agressif est réduit en steak haché par un tir, à bout pourtant, de fusil à pompe alors que Kurt hurle «Lâche mois salaud… ah il ne me lâche pas! tiens, dégueulasse, haaaaa!». Ses congénères ne laissent pas cet acte impuni et défilent alors nombre de séquences qui visent clairement l’écoeurement.

Les trucages sont à l’image du métrage et le pire côtoie donc, peut-être pas le meilleur, mais le correct, ce dernier point concernant tout particulièrement les maquillages sanguinolents et autres corps en lambeaux. Les apparitions des rongeurs assoiffés de sang s’avèrent par contre beaucoup plus perfectibles, occasionnant un aspect bricolage qui est d’ailleurs renforcé par l’alternance des différentes techniques utilisées.
Se côtoient en effet à l’écran des rats en plastiques que l’on croirait provenir d’une boutique de décorations cheap d’Halloween, des faux rats à peine plus réussis, concoctés par l’équipe en charge des effets spéciaux, et de vrais spécimens. Afin de les rendre plus menaçants, ces derniers sont peinturlurés, exception faite du «chef» des rats, d’un blanc immaculé, qui n’est pas sans rappeler son équivalent dans l’excellent Soudain… les monstres de Bert. I. Gordon.

Les Rats de Manhattan

Bon Dieu! Ils sont des milliers! Ils vont nous bouffer le cul!

« – Bon Dieu! Ils sont des milliers! Ils vont nous bouffer le cul! ». Cette réplique poétique laisse présager une vision à la Willard (1971) et ses centaines de rats grouillants, mais ici la caméra s’attarde alors sur une trentaine de rats apeurés, regroupés tant bien que mal avec de la nourriture jonchant le sol, qui passent plus de temps à essayer d’enlever la peinture dont ils sont recouverts ou à éviter les pieds des acteurs qui passent dans le coin qu’à paraître menaçants! Durant d’autres séquences, les pauvres bestioles sont simplement balancées par seaux entiers par des assistants hors champ sur les acteurs ou les décors, et, à l’image de Les Bêtes féroces attaquent, difficile de cautionner que certains soient brûlés vifs pour les besoins du film…

Bruno Mattei signe avec Les Rats de Manhattan l’un des incontournables du cinéma bis qui surprendra (sans aucun doute), amusera (certainement) et effraiera (un peu) d’innombrables spectateurs lors des projections qui auront lieu durant les décennies à venir… à moins que d’ici là, le monde soit dévasté par un holocauste nucléaire ou que l’humanité soit remplacée par des rats humanoïdes dotés d’un sens de l’humour sous-développé!

Et pour le plaisir, deux extraits du film!

  1. Parmi lesquelles citons rapidement 2019, après la chute de New York (Sergio Martino, 1983), Les Exterminateurs de l’an 3000 (Giuliano Carnimeo, 1983), Les Nouveaux barbares (Enzo G. Castellari, 1983), 2020 Texas Gladiators (Joe D’Amato, 1982) ou encore 2072, les mercenaires du futur (Lucio Fulci, 1974)
  2. Pour tout connaître, ou presque, sur Bruno Matteï, l’achat de l’ouvrage Bruno Mattéi – itinéraires bis, de David Didelot, s’avère indispensable. Disponible entre autres sur le site web de son éditeur Artus Films
  3. Comme il le confiera dans une interview accordée à European Trash Magazine, vol. 2, #5.
  4. Comme nous l’apprenons dans l’ouvrage Bruno Mattei – Itinéraires bis déjà cité plus haut, l’idée de la séquence finale revient à Rossella Drudi, qui n’est ni plus ni moins que la femme de Claudio Fragasso.
  5. Pour l’anecdote, le tournage se déroule à Rome, dans un des studios de Cinecità. Mattei réutilise ici une partie des décors qui avait été construits pour Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone

Laisser un commentaire