Up From the Depths

Up From the DepthsSuite au succès de Piranha, relecture satirique de Les Dents de la mer réalisée par Joe Dante (Hurlements, Gremlins), Roger Corman met en route Up from the Depths, dans lequel il est question d’une espèce inconnue de poisson préhistorique qui fait surface près des côtes d’Hawaii et sème la terreur parmi les vacanciers. Rapidement rédigé par l’une des adjointes du producteur, le script est ensuite confié à Charles B. Griffith, fidèle collaborateur de Corman, pour lequel il a écrit de nombreux scénarios, notamment ceux de Un Baquet de sang, La Petite boutique des horreurs ou La Course à la mort de l’an 2000. C’est également Griffith qui était chargé des prises de vues sous-marines de L’Attaque des crabes géants, ce qui explique sans doute la raison pour laquelle il se voit confier la réalisation de cette production horrifique dont le tournage se déroule dans les eaux environnantes des Philipines. Un voyage qui est d’ailleurs le seul bon souvenir que le réalisateur garde de cette aventure…

En effet, sur place rien ne se déroule comme il faut. Payés au lance-pierre, les techniciens philippins ne sont guère motivés, le matériel manque et la créature terrifiante, conçue à toute vitesse par Robert Short, n’est qu’un bloc monolithique reposant sur des radeaux en bambous… Impossible alors d’envisager que ce poisson insubmersible puisse attaquer et démembrer qui que ce soit ! Une seconde créature est alors créée pour les prises de vues sous-marines et les différentes attaques. Elle n’est malheureusement guère mise en valeur et ne ressemble absolument pas à celle qui flotte en surface… à croire que le rhum a dû couler à flots lors des préparatifs. Pour l’anecdote, on retrouve dans l’équipe des effets spéciaux, le futur réalisateur de La Mouche 2, Chris Wallas, qui signe ici une de ses premières expériences professionnelles dans le monde des trucages.

Up From the Depths

Bien conscient de la pauvreté du script initial, Griffith réécrit rapidement le tout, privilégiant une approche loufoque et bardée d’éléments satiriques. Un choix qui ne sera pas du goût du producteur. Des 106 minutes initiales, il n’en reste que 75, et la bobine a été entièrement remontée par Corman lui-même, qui ajoute au passage des scènes tournées pour l’occasion, pour le résultat que l’on connait aujourd’hui. Définitivement brouillé avec le célèbre producteur, Griffith avouera par ailleurs qu’il n’a jamais vu le film.
Il résulte de ce remontage sauvage un film bancal, où le second degré qui se dégage pourtant de certaines séquences s’efface au profit d’une variation peu glorieuse qui combine des éléments empruntés aux deux premiers volets de la saga Les Dents de la mer, ainsi qu’au film Les Grands fonds, réalisé en 1977 par Peter Yates, qui s’inspire également des écrits de Peter Benchley. Des films précités, Up from the Depths ne conserve que les clichés qui concernent les personnages principaux et la manière de présenter les méfaits de son monstre marin, ainsi qu’une bande-son qui calque péniblement le célèbre thème de John William. Emprunts auxquels on peut ajouter l’affiche du film, qui n’est qu’une légère variation de celle de Piranha.

Up From the DepthsParmi les acteurs nous retrouvons Sam Bottoms (Apocalypse Now), Charles Howerton, Susanne Reed, ou d’autres abonnés aux petits rôles, comme Virgil Frye (Revenge of the Ninja). Tous livrent des prestations peu convaincantes, et forment une équipe improbable chargée d’identifier et de massacrer le monstre. Le reste du casting n’est finalement bon qu’à nourrir la créature préhistorique. À noter que dans le film, à la manière des protagonistes de The Killer Shrews, tout le monde picole tout au long de l’histoire, ce qui excuse sans doute en partie les comportements suicidaires des personnages qui, une fois la tête du tueur aquatique mise à prix, n’hésitent pas à partir chasser le monstre à bord de coquilles de noix armés de simples sagaies.
Les séquences d’attaques sous-marines sont d’une part peu nombreuses, mais surtout grotesques au possible, un montage épileptique se contentant de nous faire croire à des croquages en règle. Et ce ne sont pas les quelques images provenant sans doute des rushes de Piranha et les quelques brassées d’eau teintée de colorant rouge qui risquent de combler les amateurs de sang et de chair fraîche. C’est le néant total de ce côté-là. Up from the Depths ne parvient à aucun moment à dégager la moindre tension lors des attaques du poisson préhistorique, et comme il ne se passe strictement rien d’intéressant entre ces scènes, rester éveillé devient un calvaire. 

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