Le Monstre aux dents d’acier

Synopsis

TintoreraUne île enchanteresse. Un décor idyllique où pourtant se cache le plus sombre des drames… Qu’est devenue la jeune et belle Américaine qui a partagé sa nuit avec Esteban et Miguel? La tragédie l’attendait dans cette mer de rêve, happée par le monstre « Tintorera ». Mais Esteban et Miguel pensent déjà à d’autres aventures, les plus folles avec de belles estivantes les plus audacieuses au cours des parties de pêches contre les énormes requins des mers du sud. « Tintorera » fera payer à Miguel sa folle témérité au cours d’une lutte effrénée. Esteban sait maintenant qu’il a affaire à un terrible ennemi et qu’il est seul capable de se mesurer avec « Tintorera ». Mais ce dernier guette ses proies….


Chronique

«Moi en tout cas, je préfère aller chasser les bikinis sur la plage». En une réplique, l’un des personnages principaux vient de réduire à néant toute la campagne de promotion bâtie autour du film et de son requin mangeur d’hommes aux proportions titanesques. Ceux qui s’attendent à combat à mort entre l’homme et la nature, un affrontement digne de celui du capitaine Achab contre Moby Dick, risquent d’être déçus. Les eaux turquoise relèvent bel et bien des prédateurs, dont un terrible requin-tigre, mais c’est surtout des hommes qu’il est question ici.

Tintorera - Du sang dans la mer

Harponnant des squales à l’occasion de quelques chasses sous-marines, les protagonistes de l’histoire ont en tête bien d’autres occupations. Esteban et Miguel partagent en effet leur temps entre les plages de sable fin et les soirées branchées à la recherche de vacancières peu farouches, prêts à dégainer leurs harpons tout juste retenus par des slips de bain à motifs écossais ou à fleurs. Quand les acteurs portent quelque chose bien entendu, car dans Tintorera ça s’envoie en l’air dans tous les coins et les poitrines à l’air comme les paires de fesses sont bien plus nombreuses que les requins. Interprétant des rôles d’une rare misogynie, Hugo Stiglitz et Andrés García, deux habitués des films de René Cardona Jr., partagent ici l’affiche avec Susan George (Venin, Les Chiens de paille) et Jennifer Ashley (Inseminoid). Et contrairement aux lutteuses qui ont fait les beaux jours du cinéma populaire mexicain jusque-là, même devant l’objectif de Cardona Jr., la femme reprend ici son rôle de «victime» sexy telle que nous avons coutume de le voir dans le cinéma d’exploitation européen.

TintoreraS’il est inévitable de ne pas mentionner Les Dents de la mer, avec lequel il partage quelques similarités, tout comme avec d’autres productions dédiées aux animaux tueurs qui prolifèrent dès la seconde moitié des années 70, Tintorera – Du sang dans la mer, également distribué sous le titre de Le Monstre aux dents d’acier, est pourtant très éloigné du schéma typique du film d’agression animale tel qu’instauré par l’oeuvre de Spielberg. René Cardona Jr. s’inspire ici du roman Tintorera de Ramón Bravo, un ancien nageur professionnel. Passionné par tout ce qui entoure l’océanographie et plus particulièrement les requins, l’homme se reconvertit dans la plongée. Écrivain, photographe sous-marin et réalisateur, ses compétences le conduisent naturellement vers le milieu du cinéma. Pour Tintorera, au-delà de son aide pour transposer son roman à l’écran, il est chargé de la majorité des prises de vues sous-marines.

Tintorera - Du sang dans la merBien que le récit se focalise avant tout sur ses personnages, en particulier le trio Esteban-Miguel-Gabriella, leurs (interminables) discussions, leurs relations (essentiellement de nature sexuelle!) et de balades sur la plage, il est ponctué de quelques séquences aquatiques durant lesquelles sont tuées des acteurs ou actrices (pour de faux) et des squales (pour de vrai). Car si tout est permis dans le monde des hommes, sous la surface, d’autres règles s’appliquent, et les attaques du requin-tigre viennent ici punir des comportements immoraux. En effet, contrairement aux productions contemporaines de Tintorera dans un registre similaire, les apparitions mortelles du requin n’ont pas de rapport direct avec les massacres de ses congénères à plusieurs reprises, ou d’une quelconque justification écologique et se rapprochent plus de ce à quoi nous habitueront les slashers de la décennie suivante.
Au-delà de ses nombreuses longueurs1, le script s’avère assez maladroit dans sa manière de suggérer un parallèle entre les comportements primitifs des hommes et du règne animal.

Pour les besoins du tournage en requins, l’équipe dispose de quelques lignes de pêche afin d’attraper quelques spécimens. Ces derniers sont ensuite privés en partie d’oxygène pour les rendre plus groggy avant de les relâcher près des acteurs. Pour éviter qu’ils n’aillent trop loin et permettre au cameraman de les suivre facilement, un hameçon et du fil de pêche sont utilisés pour entraver leurs mouvements. Cela explique la proximité avec laquelle évoluent acteurs et requins. Des morceaux de combinaison de plongée ou de vêtements remplis de linges ensanglantés et un montage énergique à base de nombreux plans rapprochés, dont certains sont réutilisés plusieurs fois, feront le reste. Et si les attaques sont rares, elles sont particulièrement réalistes et impressionnantes, dégageant une férocité que peu de productions entièrement dédiées aux requins-tueurs peuvent se targuer d’offrir.
Concernant les fameuses et nauséeuses séquences où l’on voit de pauvres squales se faire réellement massacrer à coups de harpons, impossible d’excuser le réalisateur, d’autant plus que celles-ci représentent une grande partie des scènes sous-marines et s’étirent sur de longues minutes.

Tintorera - Du sang dans la mer

À condition de ne pas le prendre pour ce qu’il n’est pas, Tintorera – Du sang dans la mer est un divertissement assez agréable, un plongeon dans le bis mexicain teinté d’influences extérieures, rejeton imparfait d’un cinéma en mutation et en quête de reconnaissance internationale. Une production à l’opportunisme indéniable, mais qui ne tombe pas dans la surenchère et la roublardise propres aux productions post-Jaws italiennes. René Cardona Jr. réactualise ici en quelque sorte les productions similaires des années 30 et 50 comme Le Harpon rouge (Tiger Shark, Howard Hawks, 1932) ou d’autres, basées sur des expéditions de pêche, des triangles amoureux à gogo (avec une nette évolution sur ce point, ici les personnages masculins n’hésitent pas à se partager leurs conquêtes!) et de «malédictions» marines. Le tout à la sauce exploitation bien entendu, avec ce qu’il faut d’exotisme, de nudité et de sang pour ratisser un public le plus large possible.


 

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  1. Un aspect encore plus flagrant dans la version complète de 126 minutes du film. Une durée ramenée à 85 minutes pour la distribution internationale, notamment en France.

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