Cyclone

Synopsis

CycloneNous sommes le matin du 26 juillet 1974, sur la côte, non loin de la ville de Puerto, tout est calme et tranquille. Vers 16 heures, le vent se lève, le ciel s’obscurcit, les oiseaux marins hurlent. À 17 heures, la ville de Puerto est rayée de la carte du monde. Un cyclone d’une violence inouïe ravage toute la région et laisse la ville sous les décombres. Transportant 42 passagers, un avion est englouti dans les eaux déchaînées, 140 navires sombrent dans la tempête… 12 survivants parviennent à se hisser sur une petit bateau à la dérive, privés de tout moyen de communication, d’eau et de nourriture. La survie s’organise, mais la cohabitation tourne rapidement au cauchemar Au fil des jours qui passent, le nombre de requins qui suivent l’embarcation ne cesse de croître…


Chronique

Fort des succès rencontrés par Tintorera et Survivre!, René Cardona Jr., également influencé par l’engouement du public pour les films catastrophes et d’agressions animales durant les années 70, s’attèle à la réalisation de Cyclone. Un projet ambitieux qui reprend en grande partie le récit de Survivre!, transposant celui-ci sur l’eau, lui permettant ainsi d’y faire intégrer des prédateurs auxquels il s’était déjà intéressé dans nombre de ses productions : des requins-mangeurs d’hommes.

CyclonePour cette relecture jusqu’au-boutiste de titres comme Le Vol du Phénix (The Flight of the Phoenix, Robert Aldrich, 1965) ou Lifeboat (Alfred Hitchcock, 1944), Cardona Jr. s’entoure une nouvelle fois d’une distribution mêlant la famille, ici son père et son fils, des habitués de ses productions, vous l’aurez deviné Hugo Stiglitz et Andrés García, et des acteurs à la renommée internationale, par exemple Arthur Kennedy (Lawrence d’Arabie, La Grande évasion), Carroll Baker (La Conquête de l’Ouest, Si douces, si perverses), Lionel Stander (mais si, le Max de Pour l’amour du risque!) ou Olga Karlatos (L’Enfer des zombies, Keoma). Concernant les personnages, s’il est difficile d’échapper à certains clichés, ces derniers sont finalement occultés par la multitude des caractères présentés ici, ainsi que par des dialogues et des situations variées.

Si la mise en scène du cyclone qui ouvre le film ne peut rivaliser avec les films catastrophes contemporains et leurs budgets impressionnants, Cardona Jr. parvient tout de même à tirer son épingle du jeu. Bien qu’un peu rudimentaire, le montage qui mêle images d’archives, plans tournés en extérieurs et en studios fait illusion et c’est dans des eaux plus calmes que s’organisent la rencontre d’une douzaine de survivants. Contrairement aux héros des films américains qui bravent le danger et font face avec panache aux situations les plus improbables que leur réservent les catastrophes naturelles ou technologiques, le réalisateur et scénariste mexicain réserve un dénouement beaucoup plus tragique à ses personnages et n’hésite pas à surenchérir dans les comportements immoraux dont peut faire preuve l’homme.
Les rares survivants se retrouvent sur un modeste bateau, qui porte d’ailleurs le nom en quelque sorte prémonitoire de Moby Dick. Déjà en partie conscients de leur sort qui ne laisse que peu de place à l’optimisme, certains des occupants du navire hésitent d’ailleurs à récupérer d’autres naufragés, qui ne sont finalement que des bouches supplémentaires à nourrir… Tous sont peu à peu sujets à l’isolement, à la vie en communauté dans un espace plus que réduit, à la faim, à la soif et aux affrontements physiques et psychologiques découlant tout naturellement d’un contexte comme celui-ci.

Les jours se suivent et se ressemblent sur l’embarcation à la dérive, mais petit à petit la faim finit par provoquer un déclic dans l’esprit de quelques protagonistes à l’esprit rongé par cet état de manque obsédant. Un gentil petit chien en fait d’ailleurs les frais, finissant rapidement à la casserole. Pour une fois, ce n’est pas lui qui rongera les os…
Les quelques tentatives de pêche, avec des appâts découpés sur un cadavre humain, s’étant soldées par des échecs cuisants, le cannibalisme, seulement évoqué jusque-là, s’avère bientôt nécessaire à la survie de tous. Sa mise en oeuvre ne se déroule pas sans quelques réticences, bien qu’ici, les longs silences soient finalement bien plus démonstratifs que les prises de position virulentes de certains protagonistes.

Comme si cela ne suffisait pas, le bateau va finalement partir en morceaux, plongeant ainsi les derniers rescapés dans des eaux infestées de squales affamés qui ne déclinent pas l’invitation à une orgie de bouffe bien sanglante. Pas toujours très réalistes, ces attaques font tout de même froid dans le dos, la cruauté et la sauvagerie dégagées par ses séquences faisant rapidement oublier les aspects perfectibles de celles-ci. Certains plans sont réutilisés à plusieurs reprises, et les requins ne croquent en effet que des vêtements préalablement remplis de morceau de viande et de viscères, mais dans le feu de l’action, on pardonne facilement ces petits défauts.

Cyclone

Comme avec Tintorera, le parallèle entre les comportements humains et animaliers est au centre du récit. Ici, le réalisateur insiste sur l’évolution des actes des naufragés qui pour survivre, agissent de manière de plus en plus primitive. Une métaphore un peu grossière, mais qui fonctionne, et au fil du scénario, la distinction entre l’homme et le requin se fait de plus en plus faible.
Si Cyclone suit un déroulement parfaitement balisé, il n’en demeure pas moins très efficace, le réalisateur sachant parfaitement doser la tension sans cesse graduelle qui se dégage de l’horrible situation qui nous est exposée, sans toutefois omettre quelques séquences « chocs » propres au cinéma d’exploitation. René Cardona Jr. nous livre ici l’un de ses films les plus marquants et les plus aboutis.


 

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